L’exposition de Gerhard Richter au centre Pompidou désarçonne. Passer de la photo-peinture, une peinture figurative réalisée d’après photographie agrandie par épiscope, à l’abstraction gestuelle, où les gestes de recouvrement et de grattage créent des rythmes abstraits sur de grands panneaux, est désarçonnant. Mais l’effet de saisissement passé, l’on s’interroge sur le point commun à cette œuvre protéiforme : et si tout simplement, la peinture de Richter nous parlait de peinture ?
Si quelques installations autour de vitres démontent l’idée héritée de la Renaissance d’un tableau comme fenêtre ouverte sur le monde, c’est pour mieux affirmer le statut du tableau comme surface à peindre. Dans ses œuvres figuratives, Gerhard Richter joue du flou, d’une surface voilée, brouillée par estompage, d’un sujet qui s’évapore derrière le travail de lissage de la toile – de la surface. Dans ses compositions abstraites, il multiplie les couches picturales, gratte, enlève, croise son geste, passe de l’aérographe au pinceau, et révèle les couches successives de l’élaboration picturale.
L’artiste affirme ainsi que la peinture est un travail de recouvrement d’une surface. Une surface qui loin d’être opaque, figée, restreinte, reste à sonder. Des œuvres figuratives aux compositions abstraites, l’idée du « passage » opère : passage d’un médium à l’autre, d’un outil à l’autre, d’une technique à l’autre ; passage d’une silhouette, de l’Histoire, de la peinture. À ce titre, la série de nuages fascine, motif par excellence de la transition, tout comme le goût de Richter pour le gris, la couleur du passage du noir au blanc à propos de laquelle l’artiste déclare : « c’est un moyen d’exprimer mes rapports avec la réalité apparente parce que je refuse d’affirmer qu’une chose est ainsi et pas autrement ».
Et pourtant Richter affirme : il affirme la valeur de la peinture, à l’encontre d’un Marcel Duchamp raillant les « intoxiqués de la térébenthine ». Le « Rouleau de papier toilette » de 1965 n’est-il pas un contre-champ ironique au fameux urinoir de Duchamp, et le « Nu descendant l’escalier » de 1966, une citation dévoyée du fameux tableau de Duchamp disséquant le corps en mouvement ? Car par-delà l’hétérogénéité des apparences, le travail de Richter conserve une constante sous des variables multiples : « La peinture n’a toujours peint qu’elle-même et rien de plus » (Gerhard Richter).
Gerhard Richter, Panorama – exposition Centre Pompidou Paris / 6 juin – 24 septembre 2012
image : Regard croisé Duchamp / Richter, Painting or not painting ?