
A Bout de Souffle
A partir de la fin des années 1950, le cinéma connaît de profondes mutations. Sous l’influence de la Nouvelle Vague française qui déferle dans les salles et est rapidement couronnée de succès critique et public (nomination à la palme d’or pour Les 400 coups de François Tuffaut et Hiroshima, mon amour d’Alain Resnais en 1959), l’industrie du cinéma va être bouleversée. Le mouvement va en effet influencer de nombreux réalisateurs à travers le monde et s’inscrire dans un contexte de rapides changements sociaux.
Aux Etats-Unis, il donne naissance au Nouvel Hollywood qui dès 1967 (Bonnie and Clyde, Arthur Penn) revitalise le cinéma américain, en crise depuis le début le début de la décennie. On assiste au même phénomène au Japon (Nuberu Bagu), en Angleterre (New Wave/ Free cinema), au Brésil (Cinema Novo), au Portugal (Novo Cinema), en Tchécoslovaquie où les réalisateurs critiquent les conventions sociales établies, cherchent à renouveller la façon de faire des films en allant à l’encontre des méthodes et traditions anciennes.
Aidés par l’amélioration technique du matériel, ils délaissent volontiers le tournage en studios, favorisant les décors naturels et utilisant de jeunes acteurs. L’utilisation de caméras légères et silencieuse permet de nombreux mouvements de l’appareil qui cherchent à magnifier l’expérience des spectateurs en les emportant dans le flot des images. Les techniques de manipulations du film, comme le ralenti et le montage saccadé, sont ainsi utilisées plus fréquemment afin de faire ressentir une plus grande émotion au public. La peinture de la réalité devient l’enjeu majeur de ces cinématographies qui bien que distinctes dans les thématiques qu’elles illustrent, se rejoignent dans leur esthétique documentaire qui visent à donner une image objective du monde. Par la suite, des œuvres historiques (Aguirre, la colère de Dieu, Werner Herzog, 1972) ou même de science fiction (2001: l’Odyssée de l’espace, Stanley Kubrick, 1968) gagne un style réaliste dont elles étaient auparavant éloignés, offrant finalement au cinéma un nouveau panel de possibilités.
La Nouvelle Vague en France
En novembre 1957, un article sur la jeunesse écrit par Françoise Giroud dans l’Express lance l’expression « la Nouvelle Vague arrive ». Elle qualifie rapidement un groupe de jeunes réalisateurs en marge de la profession qui utilisent des capitaux privés et des acteurs méconnus afin de contrer le système de production sclérosé du cinéma français. Le terme désigne par la suite un nouveau style cinématographique basé sur une souplesse narrative accrue, des thèmes et dialogues provocants, dont A bout de souffle, de Jean-Luc Godard est le prototype.
Le noyau le plus actif de ce mouvement rassemble des critiques de la presse (Cahiers du Cinéma, Arts) comme Godard, François Truffaut, Claude Chabrol, Jacques Rivette, Pierre Kast et Eric Rohmer. Ils seront rejoints par des cinéastes confirmés comme Alain Resnais, Agnès Varda, Jean-Pierre Melville qu’ils reconnaissent comme étant des précurseurs ne s’étant pas compromis avec le système. Le succès de la Nouvelle Vague est immédiat. Il s’explique par la conjonction de divers facteurs économiques, politiques et esthétiques. La fin de la IV° République s’accompagne d’un nouveau type de société où la censure recule et où les mœurs se relâchent peu à peu. La mise en place de l’avance sur recettes permet de financer plus de films. Une génération de jeunes acteurs non marqués par le théâtre (Brigitte Bardot, Jean-Paul Belmondo) illustre le rajeunissement des cadres à tous les niveaux, et enfin, le développement de caméra plus légère et maniable favorise celui d’un nouveau style de cinéma.
Repères filmographiques
1959: Les 400 coups, F. Truffaut
1959: Hiroshima mon amour, A. Resnais
1960: A bout de souffle, J.L. Godard
1960: L’Avventura, M. Antonioni
1960: Shadows, J. Cassavetes
1961: West Side Story, R. Wise
1963: La Jetée, C. Marker
1963: Le Mépris, J.L. Godard
1963: The Servant, J. Losey
1964: America, America, E. Kazan
1966: Les Chevaux de feu, S. Paradjanov
1967: Andreï Roublev, A. Tarkovski
1967: Bonnie and Clyde, A. Penn
1967: L’incompris, L. Comencini
1968: 2001: l’Odyssée de l’espace, S. Kubrick
1968: Rosemary’s baby, R. Polanski
1968: Théorème, P.P. Pasolini
1969: Ma nuit chez Maud, E. Rohmer
1969: Le Chagrin et la pitié, M. Ophuls
1970: Le cercle rouge, J.P. Melville
1971: Family life, K. Loach
1972: Aguirre, la colère de Dieu, W. Herzog