Dès la petite enfance, nous pouvons sensibiliser les enfants à l’art. D’ailleurs, à la maternelle, les enseignants se servent beaucoup d’images d’art. Les regarder, les manipuler, les copier : tout ceci ouvre des pistes de réflexion aux enfants.
Ils comprennent souvent très bien la logique des images et en gardent une bonne mémoire, c’est très surprenant. En fait, ce qui compte c’est qu’ils se familiarisent avec les oeuvres.
Il ne faut surtout pas leur présenter l’art sous la forme d’un cours théorique ou de manière trop révérencieuse. Les enfants ont besoin de toucher, de s’approprier les images.
Il faut que les parents mettent à disposition de leurs bambins des livres d’art ou des cartes qui ne soient pas trop précieux afin qu’ils puissent les feuilleter comme ils le souhaitent. Pas question de leur confier un ouvrage coûteux en divulguant mille précautions (”ne pose pas tes doigts sur les images”, “attention à ne pas corner les pages”, etc.), qui entraveraient la spontanéité de cette découverte. Les parents peuvent aussi dans la vie de tous les jours faire remarquer des gammes de couleurs, les perspectives dans une photo, les formes dans le relief d’un paysage…
Le meilleur moyen de les familiariser avec l’art est évidemment de les laisser pratiquer eux même. C’est important qu’ils apprennent à s’exprimer par l’art plastique. Mais cela ne se substitue pas à un éveil artistique. Savoir faire ne signifie pas savoir sentir. D’ailleurs, nombre de gens sensibles à l’art ne pratiquent pas eux-mêmes.
C’est pour cette raison que les livrets, les sites Internet et les DVD spécialisés ou encore les ateliers pour enfant proposés par les musées qui utilisent des oeuvres comme de simples illustrations, des points de départ d’un jeu ou d’un dessin, ne sont, la plupart du temps, pas adaptés. Ils peuvent compléter l’éveil mais sûrement pas le remplacer. Ils servent plutôt à apprendre des techniques qu’à comprendre et/ou apprécier le contenu des oeuvres.
En revanche, ils ont l’avantage d’aider les enfants, surtout les plus petits, à se familiariser avec des objets et des lieux, qui pourraient, sans cette approche ludique, leur paraître rébarbatifs. Sans compter qu’ils laissent aux parents le loisir de parcourir les musées sans être “encombrés”…
D’un point de vue pratique, les parents ont intérêt à ne pas présenter le musée ou l’édifice à visiter comme la solution de replis en cas de pluie pendant les vacances ou l’activité obligée du mercredi avant les dessins animés… Je leur conseille aussi de réserver les places à l’avance pour éviter la file d’attente d’une heure à l’entrée, de savoir écourter la balade si l’attention baisse ou la fatigue se fait sentir. Ensuite, il ne faut pas se formaliser si l’enfant ne trouve rien d’exceptionnel à un chef-d’oeuvre. Passez à une autre salle, la rencontre avec un tableau se déroule comme la rencontre avec une personne : ce n’est peut-être pas aujourd’hui le bon moment.
Évitez aussi de discourir de manière trop théorique devant un tableau, de sacraliser une oeuvre ou un artiste ou encore de ponctuer la visite de jugements arrêtés du style “voilà, ça c’est vraiment beau” qui risqueraient de donner à l’enfant l’impression qu’il n’est pas digne d’accéder à cette discipline car il manque de culture et de connaissances ou ne possède pas le même avis que vous. Expliquez plutôt pourquoi vous appréciez tel ou tel objet et écoutez les réactions de votre enfant, valorisez son point de vue, donnez lui confiance dans son jugement…
En somme, les parents doivent amener les enfants vers l’art sans les y contraindre. Et si les petits ne montrent pas d’intérêt malgré tous ces efforts de votre part, n’insistez pas, apprécier l’art n’est pas une fin en soit et rien n’est jamais définitif. Peut-être s’y mettront-ils avec leurs propres enfants…
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Comment parler d’art aux enfants ?
Françoise Barbe-Gall
Édition Adam Biro
120 pages
Source : www.linternaute.com
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