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Le mythe de Faust dans la Musique Romantique

La musique romantique

La musique romantique couvre pratiquement la totalité du XIXème siècle. L’expression des  sentiments de l’artiste et tout l’emportement du Sturm und drang ( » tempête et passion « ) donnent un nouveau visage à la musique occidentale. Avec le romantisme, le sentiment l’emporte sur la raison. Les compositeurs s’émancipent donc des formes classiques pour exalter leur sensibilité et leur déchirement : la musique devient ainsi narrative et descriptive. Les nouveaux genres de composition, comme les poèmes symphoniques ou les lieder, permettent aux artistes de sortir des formes classiques et de développer de nouvelles techniques d’écriture et d’orchestration.

Les compositeurs utilisent donc un nouveau langage musical pour exprimer leurs sentiments, mais aussi pour raconter des histoires. Les anciens thèmes littéraires écartés par la période classique et les Lumières reviennent au premier plan : principalement la nature, le folklore, le surnaturel et la redécouverte des cultures du Moyen-Âge.

Parmi tous les sujets qui ont traversé l’époque romantique, le mythe de Faust a été un réservoir inépuisable pour les écrivains, les poètes, les musiciens ou les peintres. Il contient en effet tous les éléments croustillants et propices à l’émerveillement : démons, sorcières, magie noire, pacte avec le Diable, amour, duels, mystères du monde et de la nature, poèmes, chants, danses, fêtes, guerre… et en plus, de nombreuses références au Moyen-Âge, à la mythologie ou aux mythes germaniques.

Joannes Faust

Portrait de Joannes Faustus du XVIIème siècle

Le docteur Faust

Johann Georg Faust (ca1480-ca1540) est un homme bien réel, originaire de Wütenberg. On le connaît également sous d’autres noms :  » Johann Sabellicus  » ou  » Georg Faust  » ou  « Johannes Faustus »… Après ses études à l’université de Heildeberg, il se rend à Cracovie pour étudier la magie. Dès lors, les rumeurs s’emparent de lui et construisent peu à peu sa légende. Car qui est vraiment cet homme ?

On sait très peu de choses sur le vrai docteur Faust. C’était un alchimiste, un diseur de bonne aventure, un astrologue qui se présentait aussi comme un magicien. Il aurait eu également plusieurs élèves et dispensait un enseignement très critiqué. Plusieurs rumeurs ont circulé sur ses rapports répréhensibles avec ses élèves. Cet homme reste un mystère pour ses contemporains : homme de science ou charlatan ? Même sa mort est mystérieuse. Il aurait été tué par une explosion lors d’une expérience et son corps aurait été tout déchiqueté.

La légende de Faust

Dès la mort brutale et mystérieuse de Faust, les anecdotes populaires et toutes sortes de rumeurs sont colportées un peu partout en Europe. De 1550 à 1650,  c’est une véritable obsession pour la magie blanche et la magie noire. Pendant cette période trouble, les bûchers s’allument partout, on chasse les hérétiques, on brûle les sorcières… Le Diable inspire une véritable terreur et c’est vers 1580 qu’apparaît le pacte avec le Diable, ainsi que la figure du damné. Cette période troublée est donc propice à la propagation de rumeurs, anecdotes, témoignages plus ou moins véridiques sur l’énigmatique docteur Faust.

Mephisto apparaît à Faust

Mephisto apparaît à Faust : Pourquoi tout ce vacarme ? (Litographie Delacroix)

En 1587, les anecdotes sont rassemblées dans le Volksbuch, sans nom d’auteur et sous le titre Docteur Johann Fausten. Sans cesse réédité, c’est le succès d’un mythe qui commence à naître. Dans cette histoire, Faust veut outrepasser toute limite et pénétrer tous les secrets de la vie. Cette soif de savoir  ne tolère aucun interdit, jusqu’à pactiser avec le démon.

Les oeuvres littéraires

Christopher Marlowe s’empare le premier de la légende et en 1592, le dramaturge en fait une pièce d’après les fragments du Volksburch traduits en anglais. Chez Marlowe, comme chez Berlioz, Faust finit damné. Il symbolise l’enchevêtrement du bien et du mal, la passion de la connaissance qui doit s’affranchir de tout interdit.

La pièce de Marlowe a eu un succès considérable et a été reprise par de nombreux comédiens. A partir de 1640, bannis par Cromwell, les acteurs fuient l’Angleterre et sillonnent l’Allemagne. La pièce de théâtre subit alors de nombreuses transformations. La légende de Faust est adaptée pour tous les genres de spectacle (théâtre, foire, marionnettes) et tourne ainsi à la farce. Faust devient alors un personnage comique qui se joue des pièges du démon en ne cessant de le ridiculiser. Le côté comique est abandonné au seul démon à partir de 1770. De leur côté, les romantiques vont retenir l’image tragique des faiblesses humaines symbolisées par le pacte entre l’homme et le diable.

Après Christopher Marlowe, de nombreux écrivains se sont emparés de cette légende, comme Lessing, Johann Wolfgang Goethe, Nikolaus Lenau, Thomas Mann, Oscar Wilde, Mikhaïl Bulgakov, Paul Valéry, Joseph Conrad…

Toutes les versions sont en fait des variations sur le thème principal du pacte entre l’homme et le diable. Autour de cette idée maîtresse, des personnages sont rajoutés ou enlevés et les péripéties divergent, selon l’inspiration de leur auteur.

Parmi toutes les variantes du mythe de Faust, c’est celle de Goethe qui servira de modèle tout au long du XIXème siècle pour les compositeurs romantiques. Goethe publiera deux versions : le premier Faust, le plus célèbre et le Second Faust qui va lui prendre de très longues années, jusqu’à sa mort. Mais le Second Faust déconcerte le public et ne va pas rencontrer le succès du premier. En effet, l’oeuvre est plus longue (5 actes), unité très difficile (hésitations et nombreuses reprises de Goethe), références mythologiques mélangées avec des légendes germaniques, intrigue complexe et décousue… C’est donc sa première version de Faust qui va connaître un succès considérable et éclipser toutes les versions de ses prédécesseurs. En voici l’intrigue…

Goethe

Goethe, par Franz Gerhard von Kügelgen

L’histoire principale

Pendant toute sa vie, Faust a étudié et tenté de percer les secrets de la nature. Désespéré, il se lamente dans son laboratoire, car il n’a jamais pu satisfaire la soif de ses connaissances. Le vieillard effondré veut alors mettre fin à ses jours : il ne lui reste plus qu’à boire sa potion et attendre que le poison fasse son effet. Mais les cloches qui sonnent les Pâques et les chants divins l’en empêchent.

C’est au moment où Faust doute le plus que Méphistophélès choisit d’apparaître. Il se présente comme celui qui tantôt veut le mal et tantôt fait le bien : c’est l’Esprit qui toujours nie. Faust emporté dans sa terrible déception maudit sa soif de connaissance, les rêves, les illusions, l’amour, l’espérance et la foi. Le Malin lui tend alors son piège, car il a fait le pari avec le Seigneur que son petit protégé Faust s’écarterait lui aussi du chemin de la connaissance et qu’il possèderait son âme. Méphisto lui propose donc de l’aider, d’être son fidèle serviteur. Mais en contrepartie, lorsque Faust le retrouvera après sa mort, il devra à son tour le servir. Faust accepte et signe le pacte en écrivant son nom avec son sang.

Méphistophélès va donc s’acharner à le détourner de la raison et de la science. Il prédit que Faust se débattra, s’attachera à lui et qu’il appartiendra au Diable à jamais. Après l’avoir emmené à la cave d’Auerbach (Leipzig) où les hommes se grisent de vin, il le conduit chez une sorcière pour le faire rajeunir. Là, dans un miroir, Faust contemple l’image fugitive de Marguerite dont il tombe éperdument amoureux. Il ordonne aussitôt à son diable de serviteur de le conduire vers elle.

Ombre de Marguerite apparaissant à Faust

Ombre de Marguerite apparaissant à Faust (Delacroix)

Faust et Marguerite se rencontrent grâce au Malin et s’aiment. Mais ensuite, Faust la délaisse, trop absorbé dans la contemplation de la nature. Après la nuit de Sabbat sur la montagne de Harz, Faust apprend que Marguerite a été jetée en prison, accusée d’avoir tué son enfant. Furieux contre Méphistophélès, Faust lui demande de l’aider à la délivrer. Le temps presse, car au lever du jour, elle sera exécutée.

Faust parvient avec l’aide de son serviteur à pénétrer dans la cellule de l’infortunée qui a perdu la raison. Elle retrouve ses esprits et s’abandonne aux joies des retrouvailles. Elle consent enfin à le suivre, mais lorsqu’elle reconnaît le Diable dans l’étrange compagnon de son amant, elle le repousse. Elle est alors sauvée par le ciel et pendant son ascension, elle prie pour l’âme de l’homme qu’elle n’a jamais cessé d’aimer. Mais Faust disparaît avec Méphistophélès sous la terre.

Les mises en musique de Faust

Les adaptations musicales de la légende de Faust couvrent toute la période du romantisme et concernent tous les genres. Les compositeurs les plus célèbres, mais aussi moins connus, se sont attaqués au mythe. Il ne s’agit donc pas de dresser une liste exhaustive de toutes les mises en musique de Faust, mais de donner quelques repères chronologiques avec les oeuvres et les compositeurs principaux.

- 1814 : Franz Schubert compose Gretchen am Spinnrade ( Marguerite au rouet) et Szene aus Goethes Faust (lieder).

- 1816 : Louis Spohr compose Faust, un opéra en 2 actes, révisé en 1852 avec 3 actes.

- 1829 : Hector Berlioz compose Huit scènes de Faust.

- 1831-32 : Richard Wagner crée Sieben Kompositionen zu Goetes Faust (lieder).

- 1832 : Félix Mendelssohn compose Gretchen, Meine Ruh ist in.

- 1838 : Giuseppe Verdi s’intéresse lui aussi au mythe : dans ses 6 romances, deux sont tirées de Faust.

- 1840 : Richard Wagner compose sa Faust Ouverture.

- 1844-49 : Robert Schumann publie Scènes de Faust (partie III), d’après le second Faust de Goethe.

- 1846 : Berlioz revient au mythe avec la Damnation de Faust dont l’air célèbre de la marche a été repris dans le film La grande vadrouille.

- 1849 : Schumann termine la partie I des Scènes de Faust.

- 1850 : Schumann termine la Partie II et l’ouverture en 1853 de ses Scènes de Faust.

- 1857 : Franz Liszt crée sa Faust Symphonie.

- 1859-60 : Franz Liszt continue avec ses Mephisto-Waltzer pour piano et 2 épisodes du Faust de Lenau.

- 1862 : création à Cologne des Scènes de Faust de Schumann.

- 1859 -1869 : Charles Gounod connaît un véritable triomphe avec Faust qu’il remaniera et achèvera complètement en 1869. Cet opéra contient le fameux air des bijoux chanté par la Castafiore dans les différentes aventures de Tintin.

- 1868 : Arigo Boïto compose Mefistofele, un opéra en 4 actes (un passage a été utilisé dans Batman begins, lorsque Bruce Wayne enfant se rend à l’opéra avec ses parents).

- 1883 et 1885 : troisième et quatrième Mephisto-Waltzer de Liszt.

Les oeuvres principales s’étalent donc sur une très longue partie du XIXème siècle et le mythe a inspiré les plus grands compositeurs. Tous les genres sont représentés : opéra, lied, chanson, symphonie, oratorio, ballet, musique de chambre (piano)…

Le mythe de Faust dans la musique romantique commence donc en Allemagne, dans la nation où il est né, avec l’opéra de Spohr et les lieder de Schubert. Puis, il va gagner les pays voisins. Le mythe pénètre en France avec la traduction du Faust de Goethe par Gérard de Nerval en 1827. C’est Berlioz qui va s’en inspirer le premier avec ses Huit scènes de Faust, oeuvre qui va préparer sa Symphonie fantastique. Après Berlioz, les mises en musique de Faust vont proliférer (Schumann, Liszt, Wagner…) et gagner l’Italie avec Verdi ou Boïto.

La Damnation de Faust (Berlioz)

Il ne s’agit pas d’un opéra, mais d’un oratorio, car Berlioz ne le destinait pas à la scène, mais à la salle de concert. Il n’y a donc pas de mise en scène à faire. La version de Berlioz , qu’il définit comme « légende dramatique « , est très fidèle à celle de Goethe qu’il a dévorée dans la traduction de Gérard de Nerval.

Faust est arrivé au crépuscule de sa vie et succombe à la tentation de Méphistophélès qui lui propose de retrouver la jeunesse et l’amour. Faust séduit la pure Marguerite. Accusée d’un crime, celle-ci est condamnée. Pour la sauver, Faust s’avoue vaincu et livre son âme à Méphistophélès.

L’oeuvre de Berlioz fait la part belle à Faust et à Méphistophélès. Marguerite a beaucoup moins de scènes et une place très réduite par rapport aux autres oeuvres. Le personnage central est donc Faust, complètement à la merci de son serviteur diabolique qui va finir par le forcer à signer le pacte.

Mefistofele (Boïto)

Opéra en  4 actes, prologue et épilogue basé sur les deux Faust de Goethe.  L’opéra s’ouvre sur un air magnifique et aérien, dans les hautes sphères célestes, avec le choeur des anges et des Séraphins. Seul Méphistophélès vient troubler l’harmonie et fait le pari avec le Seigneur qu’il pourra détourner Faust du droit chemin. Ensuite, on retrouve les éléments principaux du récit de Goethe : pacte avec le diable, la soirée de Sabbat, la rencontre de Marguerite, la prison… Pour l’épilogue, le vieux Faust se retrouve dans son laboratoire, à nouveau tenté par Méphistophélès avec qui il disparaît.

Faust de Gounod

Le Faust de Gounod a connu un succès retentissant. Le compositeur a donné une place importante à Marguerite et tellement centrale qu’on a rebaptisé l’opéra en « Margarete » outre-Rhin. Ce personnage aux mille facettes en arriverait presque à éclipser Faust et Méphistophélès, très fidèles aux personnages de Goethe. Gounod bâtit donc son œuvre sur la psychologie des personnages tout en élargissant la personnalité de Marguerite (candeur, piété, amour de Faust, joie, douleur, folie, rédemption). Faust est complètement manipulé par un Méphistophélès diabolique et en même temps bouffon. Pendant que Marguerite s’élève vers le ciel et prie pour l’âme de Faust, celui-ci disparaît avec Méphistophélès.

L’opéra est une succession d’airs devenus populaires et célèbres à cette époque, comme celui des bijoux (air de la Castafiore dans les aventures de Tintin), la ronde du veau d’or, la valse de la brise légère (digne d’un air d’Offenbach !), l’air du roi de Thulé de Marguerite ou le chant d’adieu de Valentin. Aucun opéra sorti après Gounod n’arrivera à rivaliser avec la popularité de cette œuvre.

Faust de Gounod

Affiche du Faust de Gounod

La Faust Symphonie de Liszt

Le tour de force est de mettre le mythe en musique instrumentale, si l’on excepte le choeur final (qui n’est pas courant dans le monde de la symphonie). Comme la symphonie se découpe en 3 mouvements, le compositeur reprend les 3 personnages principaux,. Le premier est consacré à Faust, le second à Marguerite et le dernier à Méphistophélès. Liszt a donc transcrit uniquement par la force de la musique les caractères très différents de ses personnages.

- Le premier mouvement est donc consacré à Faust. Le début est plutôt lugubre : au soir de sa vie, Faust est dans son laboratoire, anéanti de ne pas avoir su percer les secrets de la nature. Les thèmes varient de la mélancolie à la rage ou l’excitation. Chromatisme exacerbé et diabolique pour décrire l’invocation du Diable et le pacte. Liszt utilise plusieurs thèmes musicaux pour montrer la complexité de Faust, ses hésitations entre le désir de tout connaître et le renoncement, la tentation du Diable…

- Le second mouvement est celui de Marguerite. Thème suave et féminin joué aux bois (flûtes, clarinettes, hautbois). Thème lisse et dénué de tout chromatisme pour exprimer la pureté de Marguerite et sa grande piété. Le tempo est calme, l’atmosphère plutôt douce et le thème n’est pas déformé.

- Le troisième mouvement est consacré à Méphistophélès. Contrairement à Faust et à Marguerite, il n’a pas de thème propre. Le Démon est en effet l’incarnation du néant, l’esprit qui toujours nie. Il reprend et caricature les différents thèmes du premier mouvement (Faust), mais comme dans le texte de Goethe, il n’a aucune emprise sur le thème de Marguerite. Méphisto est le boufon sarcastique, le valet de Faust. Ce troisième mouvement est très grimaçant et on perçoit bien les ricannement du Malin : rythme très sauillant et syncopé, glissades aux flûtes et aux violons, atmosphère à la fois joyeuse et inquiétante.

Pour clore la symphonie, le choeur final entre avec l’orgue et chante le salut de l’âme de Faust qui accède au paradis. Le dernier vers décrit le but de la vie de l’homme :

L’éphémère n’est rien

d’autre qu’une image

l’inaccessible, ici, n’est plus

hors d’atteinte ;

l’indescriptible, ici, est

accompli

l’éternel féminin nous

entraîne vers les sommets.

Les Méphisto-Waltzer de Liszt

Liszt a écrit des valses méphistophéliques pour piano seul ou pour orchestre (voir petite discographie). On retrouve le côté sarcastique et sautillant mélangé au chromatisme maléfique. Liszt avait montré, avec sa sonate en si min (1852-53), toute son inventivité pour générer une atmosphère très sombre, maléfique et macabre. Cette très longue sonate (1/2 heure !) a déjà quelque chose de méphistophélique. D’ailleurs, Liszt le disait lui-même : « J’ai un penchant pour la religion, mais encore quelque chose de démoniaque dans ma nature. »

2 épisodes du Faust de Lenau (Liszt)

Il s’agit d’une version pour deux pianos. Ces deux partitions sont plus sombres et plus lugubres. Le Méphistophélès n’est plus celui de Goethe, mais celui de Lenau. Dans le texte de Lenau en effet, Méphistophélès perd complètement son aspect de pitre dont l’origine remonte aux spectacles de marionettes. Il est au contraire très puissant et très maléfique. Liszt a donc parfaitement respecté ces deux variantes du mythe où le Diable est à la fois comique et maléfique.

Lieder de Schubert

Schubert, Mendelssohn, Wagner ou Liszt ont écrit des lieder (chansons en allemand) sur Faust. Il s’agit de poèmes que Goethe avait insérés dans sa tragédie qui correspondent à des pauses dans l’action, un moment propice au chant. Les textes les plus repris sont Le roi de Thulé et Marguerite au rouet (Schubert, Berlioz, Wagner, Gounod).

Avec Marguerite au rouet (1814), le jeune Schubert âgé de 17 ans seulement découvre Goethe. Le piano répète un motif rythmique joué par la main droite qui évoque le mouvement perpétuel du rouet. La main gauche, pour sa part, appuie un rythme ternaire qui évoque le pied de la fileuse. La ligne mélodique de la voix est très simple et très sensible. Elle s’élève vers l’aigu crescendo jusqu’au mot « baiser ». La forme du lied est un rondo (couplet/refrain) et s’adapte parfaitement à la structure du poème de Goethe.


Szenen aus Goethes Faust de Schumann

Schumann s’intéresse plutôt au second Faust de Goethe est s’inspire très peu du premier, d’où sa structure particulière : ouverture, scène du jardin (Faust et Marguerite), Marguerite devant l’image de la mère Dolorosa, Marguerite à l’église, minuit, mort de Faust et sept scènes des anachorètes (tirées du second Faust).

A l’opposé total de Berlioz, Schumann s’intéresse surtout à Marguerite qui éclipse Faust et Méphistophélès. Il y a donc dans cette oeuvre moins de diabolisme que chez les autres compositeurs. Les thèmes sont lisses et polis, sans chromatisme pour les altérer. Les côtés sombres sont dans les scènes qui font intervenir Faust et Méphistphélès (minuit et mort de Faust). Les scènes des anachorètes utilisent le choeur mystique et une musique plutôt douce et apaisée. Schumann a donc créé une oeuvre particulière dans l’ensemble des mises en musique de Faust, décalée et sans surenchère dans les effets diaboliques.

Faust ouverture (Wagner)

En 1840, Liszt reproche à cette oeuvre l’absence « d’une phrase délicate, tendre, mélodieuse, à la Gretchen. » Wagner lui répond en reconnaissant que ce qu’il manque effectivement, c’est la femme. Mais il ajoute qu’il voulait décrire la solitude de Faust, son désir et son désespoir. Au départ, Wagner devait composer une symphonie dont le deuxième mouvement aurait été consacré à la femme. Mais il n’a réalisé que le premier mouvement, d’où le titre de l’oeuvre (ouverture). Liszt s’est par la suite inspiré de cette organisation pour sa propre symphonie. Il dirigera la Faust ouverture en 1852.

Conclusion

Le mystérieux Docteur Faust, à la fois homme de science et charlatan, est à l’origine d’une légende qui a inspiré les plus grands écrivains. De Marlowe à Goethe, le mythe a connu de nombreuses variantes, mais le thème principal n’a pas changé : l’homme fait un pacte avec le diable et renonce à la connaissance pour découvrir les plaisirs de la vie.

Parmi les nombreuses versions de la légende, les musiciens romantiques vont puiser essentiellement chez Goethe, dans le premier ou le second Faust. Les compositeurs vont utiliser toutes les techniques musicales modernes pour écrire un opéra, un oratorio, un lied, une chanson, une symphonie, un ballet… Dans chaque adaptation, on retrouve les scènes principales, les moments clefs de la légende : le Faust vieillissant et insatisfait, le pacte avec le diable, la rencontre de Marguerite, l’amour et la séparation, la nuit de Sabbat, Marguerite en prison, sa délivrance et l’échec de Faust dont l’âme est emportée par Méphistophélès.

Enfin, les compositeurs vont utiliser toutes les techniques d’écriture pour évoquer sortilèges, sentiments, diabolisme, comique… La musique est donc très contrastée, assez grave et sombre, mais aussi éclatante et lumineuse, triste ou joyeuse, comporte des morceaux de bravoure et de paix… Les compositeurs ont également recours aux orchestres de masse pour créer des effets sonores : percussions ou gammes chromatiques pour les aspects démoniaques, harpe pour la magie et les anges, choeurs et harmonie la plus moderne et la plus dissonante.

–> Pour aller plus loin

A lire :

- Faust (Goethe)

- Second Faust (Goethe), avec la préface très instructive de Henri Lichtenberger

- Faust (Lenau)

- La damnation de Faust dans la revue Avant-scène opéra, n°22, 1995.

- Pôle Musique Cinéma Art et Loisir, Faust, mars 2008

- Revue Europe  janvier février 2007 avec les articles d’André Dabezies (Les structures du mythe de Goethe), Hans Henning (Goethe et la tradition de Faust).

- Revue Silences n°3 (articles de Marta Grabocz et Alain Poirier).

Internet :

www.faust.com (site en anglais).

http://Sites.univ-provence.fr/wagap/faust.htm : de Cyprien le magicien au docteur Faust (Pascal Boulhol)

A écouter :

- Hector BERLIOZ : La damnation de Faust (Igor Markevitch, orchetre Lamoureux Paris,

Deutsche Grammophon, 1960)

- Arrigo BOÏTO : Mefistofele (Oliviero de fabritis, Pavarotti, DECCA)

- Charles GOUNOD : Faust (Michel Plasson, Van Dam, 1991)

- Franz LISZT : – Faust Symphonie (Georg Solti, orchestre Chicago, DECCA, 1986)

- les Mephisto Waltz, piano (Leslie Howard, Hyspérion, 1985)

- 2 épisodes du Faust de Lenau pour deux pianos.

- Mephisto Waltz n°1 pour orchestre (Georg Solti, orchestre symphonique de

Londres et Paris, 1986)

- Franz SCHUBERT : lieder, notamment Gretchen am Spinnrade, Szene aus Goethes Faust

- Robert SCHUMANN : Szenen aus Gothes Faust (Bernhard Klee, Fischer Dieskau, orchestre

Symphonique de Düsseldorf, EMI, 1982).

- Richard WAGNER : Eine Faust Ouverture dans compilation 2 CD des ouvertures de Wagner

(Marek Janowski, orchestre symphonique Londres, Virgin, 2002)

Et tant d’autres chefs d’oeuvres encore !

Illustrations : gravures, lithographies, peinture… sur la bibliothèque numérique europeana.

Yves GUICHARD

Maîtrise de musicologie à Paris VIII

One Comment

  1. njocke richard narcisse
    19 juin 2010

    je suis promoteur culturel et détien une photocopie de l’opéra de faust écrit par louis sidler,et désire en savoir plus sur celui-ci.
    narcisse_njock@yahoo.fr

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