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Le 22 jan 2012

Photographie

Diane Arbus au Jeu de Paume.

Que faut-il savoir d’un individu pour établir son identité ? L’identité est-elle ce qui nous distingue des autres et nous rend unique, ou au contraire ce qui nous rend semblable et nous fait appartenir au groupe ? Après l’exposition « Fichés ? » des Archives nationales, le parcours autour de l’œuvre de Diane Arbus au Jeu de Paume nous invite à poursuivre ce questionnement.

L’exposition « Diane Arbus » du Jeu de Paume présente une suite de clichés, sans division thématique ou chronologique, une succession d’images pour entrer dans l’univers de cette photographe, qui scrute l’Amérique des années 60, en plein cœur et à la marge !

C’est donc à une déambulation au gré des photographies que le spectateur est convié et nous avons opéré un arrêt sur image avec le cliché du géant Eddie Carmel chez ses parents dans le Bronx, de 1970. Tout le regard de Diane Arbus est concentré dans ce cliché. On y voit un personnage hors normes, courbé pour ne pas toucher le plafond, étriqué dans ce décor qui n’est pas à sa mesure, et le regard surpris, à la limite de l’effroi, de parents incrédules.

Il est intéressant de se référer à la planche-contact de cette photographie, exposée dans les salles documentaires de l’exposition, et de voir le choix opéré par Diane Arbus. Aux côtés de portraits posés, plus classiques, où les modèles regardent l’objectif frontalement, Diane Arbus a retenu un moment révélateur :  un échange de regard oblique entre l’ « enfant » et ses parents, comme la rencontre improbable de deux mondes. Sur cette image, le salon semble basculer, animé par des diagonales contraires, et le géant, tel une Alice aux Pays des merveilles ayant mangé des biscuits magiques qui l’auraient fait grandir au-delà des limites du décor, est coincé dans une autre dimension.

C’est finalement l’impossibilité à vivre dans un milieu conditionné par des normes  que Diane Arbus montre. Elle choisit ses modèles chez les laissés pour compte : les travestis, les enfants des rues, les nains, les vieilles dames apprêtées avec des chignons postiches qui se fondent aux objets du décor… Des sujets emblématiques de son travail sur l’artifice et la réalité, la vérité nue, ce qui sort du cadre. Une grande tendresse pointe dans l’œuvre de Diane Arbus, qui nous questionne sur le fondement de l’humain, au-delà des apparences.

Exposition Diane Arbus au Jeu de Paume, jusqu’au 5 février 2012

Le Jeu de Paume – 1 place de la Concorde – 75008 Paris

Photo : A Jewish giant at home with his parents in the Bronx, N.Y. 1970

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