Depuis les années 60, les territoires de l’art se sont élargis et ne se résument plus aux seuls arts majeurs : peinture, sculpture et architecture. Le public n’est plus seulement passif et dans la contemplation, mais aussi actif et dans l’engagement. La création ne réside plus seulement dans la production d’un objet fini, mais aussi dans la réalisation d’une expérience. Or c’est à ce type d’expériences que nous invitent les installations imaginées par Ann Veronica Janssens et Leandro Erlich pour le 104, dans le cadre de l’exposition « In-Perceptions ».
Avec la reproduction à échelle réelle d’une façade de bâtiment, étendue sur le sol, et un système de miroir qui redresse à la verticale l’image, Leandro Erlich engage le public dans un trucage visuel qui le transforme en cascadeur de l’extrême. S’amusant au sol sur la façade, le public voit en effet son reflet dans le miroir et s’imagine en train de grimper, se suspendre, tenir l’équilibre sur un toit. L’illusion est parfaite et le changement de plan, de l’horizontale à la verticale, projette le spectateur-acteur dans une dimension où les lois de la pesanteur sont défiées.
Un autre jeu de miroirs attend le public dans « Changing Rooms », invité à entrer dans une pièce qui ouvre tantôt sur un espace réel (la reproduction de la pièce à l’identique), tantôt sur le reflet de cet espace vu à travers un miroir. Où est l’issue de ce labyrinthe visuel, jouant avec des espaces emboîtés, entre réalité et mirage ?
Dans “104.0.2″, Ann Veronica Janssens plonge le visiteur dans un épais brouillard et le pousse à explorer l’espace indéfini d’une salle baignée de fluides impalpables, de gaz, ondes sonores et lumineuses, en dehors des repères visuels habituels. On a peur, on se perd, puis on se fie à notre toucher et à notre ouïe. On s’enfonce dans le brouillard, passant d’une lumière blanche éthérée à une lumière rouge plus lourde et angoissante, pour trouver finalement l’issue et sortir ébranlé de cette expérience.
« In-Perceptions » est une parfaite illustration des installations contemporaines, engageant le corps et invitant à des expériences sensorielles nouvelles. Si Ann Veronica Janssens conçoit des pièces qui attirent la lumière aux limites de l’éblouissement et de la perte de soi, Leandro Erlich provoque le vertige par des inversions d’architectures familières. Une exposition à vivre, les sens en éveil !
In-Perceptions, Le 104
104 rue d’Aubervilliers / 5 rue Curial – Paris (19e arr.)
A voir jusqu’au 4 mars 2012
Photo : Leandro Erlich, Bâtiment (Installation créée à l’occasion de la Nuit Blanche parisienne de 2004)