
Le theremin vox
Un peu de technique
Lorsque les compositeurs du début du XXe ont essayé de sortir des systèmes classiques, ils se sont heurtés aux instruments du XIXe. Les innovations techniques et électriques, puis électroniques sont donc arrivées, sorte de période d’affranchissement à la lutherie traditionnelle. L’intérêt de ces recherches techniques était avant tout la recherche de nouveaux timbres. Plusieurs nouveaux instruments virent donc le jour à la fin du XIXe, et début du XXe : le Thellarmonium (sorte de centrale électrique à sons, il pèse 200 tonnes et n’existera qu’en un seul exemplaire), le Theremin Vox (premier instrument électronique commercialisé), les Ondes Martenot, … Grande nouveauté, parallèlement à ces nouveaux instruments : la bande magnétique apparaît en 1935 en Allemagne, dans les usines AEG. Cette bande pouvait restituer les sons, mais on a pu également coller, découper, assembler ces sons.
La musique savante deffriche le terrain
Certains mouvements n’ont pas à proprement parler fait de la musique électronique, mais sans eux, le cours de l’histoire musicale n’aurait peut être pas été le même… Ainsi, le Manifeste de Marinetti en 1909 « qu’on détruise les bibliothèques et les musées » et « l’Art des bruits » en 1913 sont deux grands manifestes pour une révolution de l’art en général et de la musique en particulier. <!–more–>Ces deux mouvements voulaient tout révolutionner, pousser l’art dans ses derniers retranchements. Dans son manifeste « l’Art des bruits », Russollo voulait intégrer les bruits dans la musique. Il estimait que les grands orchestres étaient indigestes et inintéressants. Le mouvement dadaïste donna des représentations dans son « Cabaret Voltaire ». Ces mouvements furent eux-mêmes inspirés grandement par « Le Sacre du Printemps » de Stravinsky et inspirèrent eux-mêmes beaucoup de mouvements artistiques dans les années 60 et 70.
Avec l’arrivée du magnétophone en 1939, Edgar Varèse pu s’adonner à de nouvelles compositions. « Je rêve d’instruments obéissant à la pensée, et qui, avec l’apport d’une floraison de timbres insoupçonnés, se prêtent aux combinaisons qu’il me plaira d’imposer ». Pierre Schaeffer donna naissance à la « musique concrète », musique utilisant des sons de la vie courante. Il va lui-même user de la bande magnétique dont nous parlions précédemment. Le travail réalisé en studio dans les années 50, avec Stockhausen notamment, utilisa ensuite la musique concrète, qui, mélangée aux sons électroniques, donna naissance à la « musique électro-acoustique ». Phil Glass ou Steve Reich inventent dans les années 60 la « musique répétitive ». Ils poseront sans le savoir les bases de la techno.
La musique savante aura eu le très grand mérite de faire un premier travail de défrichage et d’expérimentations avec des nouvelles et peu utilisées jusqu’alors, mais aussi d’utiliser des instruments peu accessibles techniquement.
…Travail utilisé ensuite par les musiques populaires
Dans les années 60, la musique populaire s’approprie aussi ces évolutions technologiques. Les instruments deviennent plus accessibles financièrement et techniquement : mellotron (rock progressif, Radiohead, …), clavinet Hohner (funk), orgues Hammond, synthétiseur Moog, studios multi-pistes (Beatles), platines (musiques jamaïcaines)… Cette décennie voit aussi l’arrivée du sound system et des DJ’s, qui sont à l’origine de la musique dance, mais aussi du dub, du trip hop. C’est aussi à cette époque que naît le remix, d’une erreur de manipulation. Sous l’influence d’Herbie Hancock, et surtout Miles Davis, le Jazz à son tour utilisera l’électronique.
Le Rock et la Pop vont en faire de même. Franck Zappa, inspiré de Varèse ou Stravinski, utilise un oscillateur électrique pour modifier le son des instruments. Plus tard il crée les Mothers of Invention, et sort un album psyché « Freak Out » où sons électriques, ondes radios et cris en tout genre se mêlent aux morceaux. Joe Meek, en 1960, veut créer une musique différente avec un album « I Hear A New World » ; il fait jouer un groupe, The Blue Men, et utilise des sons du quotidien en les rajoutant à la musique. Il utilise également des instruments comme la cavioline (instrument à vent) et crée la « pop concrète ». Mais le disque ne sortira pas. Il ne sortira que dans les années 90. En 1962, il crée un morceau, « The Theme of Telstar », qu’il envoie aux studios Decca. Le morceau sera renvoyé, pensant à une erreur (utilisation de sons électroniques). Après une deuxième tentative, ce morceau sera un succès.
Phil Spector, producteur dans ces années 60, multiplie les instruments dans ses productions. Brian Wilson, lui, produit l’album « Smiles » des Beach Boys et le fameux morceau « Good Vibrations » qui utile le theremin. Bon nombre de groupes pop intègrent alors des sons électroniques. Les Beatles, avec le morceau « Rain », à la suite d’une erreur de manipulation d’une bande de la part de John Lennon. Ils continueront à modifier des bandes sur d’autres morceaux. Les Pink Floyd sortent en 1967 un morceau électro inspiré de Stockhausen « Interstellar Overdrive ». Les Residents, après un début difficile, connaitront le succès dans les années 70. C’est un groupe revendiquant les influences de Frank Zappa et des Beatles. Leur caractéristique est l’utilisation du studio d’enregistrement comme un instrument, avec une musique proche de la musique concrète. Enfin, citons un dernier exemple avec le premier album des Silver Apples, en 1968, qui sonne « techno ». Simeon Cox, un de ses membres, utilise en studio un oscillateur ; le « simeon » sera lui-même un instrument comprenant 9 oscillateurs audio et 86 pédales de contrôle. L’autre membre du groupe, Dan Taylor, invente le Taylor Drums, système rassemblant plusieurs percussions.
L’avènement de la techno
La suite des ces innovations vont mener au Krautrock allemand des années 70 (Neu, Tangerine Dream, et surtout Kraftwerk), et à la musique industrielle (Throbbing Gristle, Cabaret Voltaire) qui fut une sorte de réponse électronique au punk. C’est, en d’autres termes, le début d’un lent processus menant à l’avènement des musiques électroniques en général, et de la tecno en particulier. Certains spécialistes situent d’ailleurs la « défaite » de la guitare dans le rock dès 1981, d’autres en 1991, année du soit-disant dernier album « rock » de l’histoire avec Nirvana et son « Nevermind ». Sans aller jusque là, il est bien évident que l’électronique apportera une grande contribution à l’éclatement des courants dans les années 80, puis 90, dans les musiques rock et populaires.
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