|
Dim 15 Avr 2012
A Portée d'Art est consacré à l'initiation culturelle, aux billets d'humeur, revues, bons plans et autres articles parlant d'art et de culture.


Découvrez nos cours d'histoire de l'art et des musiques.

Inscrivez-vous et recevez 2 fois par semaine dans votre boite mail un article ou un bon plan culturel.

Vos informations ne seront jamais données ou diffusées.


|
Hector Berlioz : La Symphonie Fantastique.

Berlioz n’a que 26 ans lorsqu’il termine la symphonie fantastique, mais c’est déjà un coup de maître. Toujours sous l’influence du Faust de Goethe et après une déception amoureuse, Berlioz compose une œuvre magistrale, mêlant les formes classiques (sonate, rondo) et les techniques de composition de l’opéra romantique.
1) Genèse dans un amour enflammé
En 1827, au cours d'une représentation de Hamlet jouée par une troupe anglaise au théâtre de l'Odéon, Berlioz tombe violemment amoureux de l'actrice vedette Harriet Smithson. Berlioz a 24 ans. Pendant deux ans, il brûle d'un amour qui ne faiblit pas. Ses sentiments ardents effraient même l'actrice qui repousse ses avances. Sa froideur et son refus permanent plongent le jeune compositeur dans un terrible désespoir. Et lorsque la troupe de théâtre quitte Paris avec sa bien aimée, Berlioz écrit à un ami : " Elle est à Londres et cependant je crois la sentir autour de moi... j'écoute mon coeur battre et ses pulsations m'ébranlent comme les coups de piston d'une machine à vapeur. Chaque muscle de mon corps frémit de douleur".
Berlioz écrit alors une symphonie presque autobiographique. L'histoire d'un artiste qui a la vision d'une femme idéale. Harcelé par cette vision, l'artiste décide de mettre fin à ses jours en prenant de l'opium. Mais la dose est trop faible et il se retrouve plongé dans d'affreux cauchemars. Cette symphonie est un véritable testament d’amour pour Harriet Smithson. Berlioz la rencontrera de nouveau, au cours d'une représentation de la symphonie. Et cette fois-ci, elle accepte enfin son amour, puis se marie avec lui. Ils auront un fils avant de se séparer.
Dans un premier temps, Berlioz a appelé sa symphonie "Épisode de la vie d'un artiste, symphonie fantastique en cinq parties". Mais une fois l'oeuvre révisée et publiée, le titre est inversé pour valoriser l'aspect symphonique et mettre en second plan l'aspect narratif. On ne parle plus alors que de la Symphonie fantastique.
2) Scénario et musique
Berlioz a écrit une véritable trame. Il envisage même de distribuer le texte au public à chaque concert. Mais il pense aussi que la symphonie peut se suffire à elle-même, sans le support du texte. Il se lance ainsi comme beaucoup d'autres compositeurs du XIXème siècle dans la musique à programme.
Le thème principal rejoint les grands sujets littéraires chers aux romantiques. On peut penser en effet au René de Chateaubriand, Les confessions d’un mangeur d’opium de Thomas de Quincy, les ballades de Victor Hugo ou le Freischütz de Weber. Mais Goethe reste l’inspirateur privilégié du jeune compositeur des Huit scènes de Faust.
La symphonie est écrite en 5 mouvements. Chaque mouvement a sa propre orchestration pour leur donner une atmosphère bien particulière. Voici quelques extraits du texte de Berlioz et quelques éléments musicaux qui s’y rattachent.
1er mouvement : Rêveries – passions (largo – allegro agitato e appassionato assai)
L'auteur […] voit pour la première fois une femme qui réunit tous les charmes de l'être idéal que rêvait son imagination et en devient éperdument épris. Par une singulière bizarrerie, l'image chérie ne se présente à l'esprit de l'artiste que liée à une pensée musicale […] Ce reflet mélodique avec son modèle le poursuivent sans cesse comme une double idée fixe. Telle est la raison de l'apparition constante, dans tous les morceaux de la symphonie, de la mélodie qui commence le premier allegro.
Berlioz décrit dans ce premier mouvement les sentiments successifs de l'auteur poursuivi par sa représentation de la femme idéale et de la mélodie qui l'accompagne. Cette hantise le plonge dans divers états : passion délirante, jalousie, larmes, tendresse, consolations... Après une très brève introduction plutôt mystérieuse, les premiers violons exposent le thème de l'âme torturée de l'artiste. Les tourments de son âme sont marqués par les nombreux crescendo et decrescendo de l'orchestre. On entend ensuite le thème de "l'idée fixe" que l'on retrouvera dans chaque mouvement, la mise en musique de cette vision de la femme idéale et rêvée.
2ème mouvement : Un bal (Valse – Allegro non troppo)
L'artiste est placé dans les circonstances de la vie les plus diverses, au milieu du tumulte d'une fête [...]mais partout l'image chérie vient se présenter à lui et jeter le trouble dans son âme.
Ce mouvement est une valse. Une valse plutôt gracieuse, vive, légère. Mais comme dans le premier mouvement, la mélodie de la valse est interrompue par moment par l"idée fixe". C’est l'image de la femme qui hante l'artiste et le poursuit jusque dans la salle de bal, en pleine danse. Mais la femme finit par s'enfuir (thème joué à la clarinette très lent). Alors la valse reprend, de plus en plus vive, plongeant l'artiste dans un grand tourbillon.
3ème mouvement : Scène aux champs (adagio)
Se trouvant un soir à la campagne, il [l’artiste] entend au loin deux pâtres qui dialoguent un ranz des vaches […] tout concourt à rendre à son coeur un calme inaccoutumé. Il réfléchit sur son isolement : il espère n'être bientôt plus seul. Mais si elle le trompait ! Ce mélange d'espoir et de crainte, ces idées de bonheur troublées par quelques noirs pressentiments, forment le sujet de l'adagio.
Ce troisième mouvement est très inspiré de la 6ème symphonie de Beethoven, la Pastorale. Il s'agit donc d'une scène champêtre : l'action se passe à la campagne et Berlioz utilise la même tonalité que Beethoven (fa majeur). Les deux paysans que l'artiste entend sont symbolisés par le cor anglais et le hautbois. Pour cette partie, Berlioz utilise essentiellement les bois (cor anglais, hautbois, clarinettes et flûtes).
L'aspect général est plutôt calme et apaisant. Mais l'orchestre s'anime de nouveau car l'artiste se met à douter de la fidélité de sa femme rêvée. Il est en proie à de nombreux tourments. Berlioz utilise toute sa science de l'orchestration : trémolos aux cordes, instruments graves pour jouer la mélodie (violoncelles, contrebasses et basson). On entend de nouveau "l'idée fixe", le thème commun aux cinq mouvements de la symphonie. Mais cette fois-ci, elle est déformée, moqueuse. Le mouvement se termine dans l’apaisement. L'artiste chasse ses doutes et le calme revient.
4ème mouvement : Marche au supplice (allegretto non troppo)
Ayant acquis la certitude que son amour est méconnu, l'artiste s'empoisonne avec de l'opium. La dose de narcotique, trop faible pour lui donner la mort, le plonge dans un sommeil accompagné des plus horribles visions. Il rêve qu'il a tué celle qu'il aimait, qu'il est condamné, et qu'il assiste à sa propre exécution.
L’exécution est très cérémoniale, majestueuse. L'artiste condamné marche vers la guillotine. Il avance dans une foule symbolisée par les cuivres (trompettes, cors, trombones). "L'idée fixe" surgit de nouveau. Mais cette fois-ci, elle est douce et plaintive. Le thème de l'amour est brutalement coupé par le coup fatal de la guillotine. Le mouvement se termine sous le roulement de timbales et le fracas des cuivres qui représentent la foule en liesse.
5ème mouvement : Songe d'une nuit de sabbat (larghetto – allegro – Dies Irae – Dies Irae et ronde du sabbat ensemble)
Il se voit au sabbat, au milieu d'une troupe affreuse d'ombres, de sorciers, de monstres de toute espèce, réunis pour ses funérailles. Bruits étranges, gémissements, éclats de rire, cris lointains auxquels d'autres cris semblent répondre. La mélodie aimée reparaît encore, mais elle a perdu son caractère de noblesse et de timidité […] elle se mêle à l'orgie diabolique. Glas funèbre, parodie burlesque du Dies Irae, Ronde du sabbat. La ronde du sabbat et du Dies irae ensemble.
C'est le mouvement le plus démoniaque de la symphonie. Les bruits inhumains et ricanements des monstres sont symbolisés par les frottements des cordes dans l'aigu. L'introduction est vraiment sinistre. La mélodie de l'"idée fixe" est grinçante et maléfique, jouée par le hautbois et la clarinette qui gloussent atrocement. Les cloches sonnent le glas et aussitôt, les monstres (les cuivres) entonnent le Dies irae (le chant liturgique des défunts). Ce mouvement utilise tous les sons possibles de l’orchestre : masse des cordes, puissance des cuivres et bruits diaboliques des percussions.
________________
La symphonie fantastique est une des oeuvres les plus importantes de Berlioz. Tous les grands chefs d'orchestre ont voulu s'y confronter. Il existe donc de très bonnes et nombreuses versions. En voici quelques-unes :
- Georg Solti, orchestre de Chicago (Decca, 1972)
- Herbert von Karajan (Deutsche Grammophon, 1976)
- Claudio Abbado, orchestre de Chicago (Deutsche Grammophon, 1983)
- Charles Dutoit, orchestre Montréal (DECCA,1984)
- Georges Prêtre, orchestre de Vienne (Teldec, 1986)
- Sir Colin Davis, orchestre de Vienne (Philips, 1990)
- Pierre Boulez, orchestre de Cleveland (DG, 1996)
Plus de versions classées par chef d'orchestre avec des extraits de critiques (Diapason, Répertoire...) :
http://patachonf.free.fr/musique/berlioz/fantastique.php
Et en lecture complémentaire :
http://lessiecleslive.wordpress.com/tag/symphonie-fantastique/
|